Les travaux d'Ahmet Dogan consistent en premier lieu en des installations
et vidéos de nature apparemment illustratives dénonçant des excès ou des
disfonctionnements d'ordre politique et culturel, présenté par des dispositifs
en évolution pour chaque oeuvre. Les travaux, les matériaux ainsi que les objets
qu'il utilise réapparaissent dans d'autres de ses pièces. Les planisphères,
les métronomes, le beurre, les sucres, les ballons... sont des instruments
qu'il travaille et explore constamment en les mettant en scène sous cette
forme et d'autres contextes.
Le questionnement du temps et plus précisément des notions telles que l'évolution
des éléments dans leur décomposition apparaît très souvent dans ses expériences.
L'intérêt qu'il éprouve au rapport création / destruction se retrouve à différents
moments dans son travail.
Il est évident que les accidents, le hasard entrent pleinement dans son
processus de conception. L'attention qu'attache Ahmet aux vicissitudes
est quasi centrale dans ses œuvres.
Un des exemples est sa vidéo Pomme Papier dans laquelle il pose un rouleau
de papier toilette sur un disque d'Aznavour (hier encore), ce dernier saute sur
les paroles "critiquer le monde" et la vidéo se termine sur une longue répétition
de ces mots qui deviennent hypnotisant. Les origines turques d'Ahmet et les origines
arméniennes d'Aznavour se rencontrent et donnent un sens éminent à cette conjoncture.
La dimension politique de cette vidéo réapparaît dans d'autres performances et installations.
Une des performance qui marque ce côté engagé de son travail est la performance "Extinction des feux"
au sol, dans une demie pénombre, il avait dessiné à l'aide de petites bougies, une carte du monde.
Le temps mis à les allumer faisait qu'elles avaient une durée de vie non égale. Lorsque l'une
faiblissait, il allait, quelque part dans le monde, en chercher une autre, moins faible.
C'était une chasse aux matières premières nécessaires à la survie d'un territoire,
mais aussi à la fin de ce territoire après qu'il ait consommé toute l'énergie disponible.
Le monde s'est éteint devant nos yeux. On aurait pu trouver que cela donnait une vision
schématique du monde et des guerres pour le pétrole, par exemple ; mais, Ahmet avait
pris soin d'introduire un arbitraire. De temps en temps, il éteignait lui-même une
bougie, comme s'il fallait éliminer vite les plus faibles. Cette violence provoquait
une énigme et déjouait une trop rapide compréhension du mécanisme de cette performance
qui aurait pu la rendre ennuyeuse. Dans une de ses installations des métronomes placés
sur un planisphère représentant les pompes à pétroles. Le concert de tics tacs tics
tacs prévenait d'une fin imminente pour se finir sur un silence inquiétant.